boisliveau

Cheval Passion, les crinières d'or, quelque part dans le 20e siècle...

Dans cette grande salle de spectacle d'Avignon, l'obscurité se fait lentement, les milliers de spectateurs retiennent leur souffle, les yeux rivés sur la piste, recouverte d'un immense tapis noir. Un sifflement se fait entendre soudain, comme un souffle rauque, lent et continu, et le sol se met à vivre, peu à peu.

Une immense toile recouvre la carrière et l'air que l'on insuffle en dessous la fait bouger comme une mer qui se met à vivre et se déchaîne. Des vagues s'élèvent en même temps que la voix puissante de Jacques Brel. Un espace-temps tragique et romantique s'ouvre tandis que Don Quichotte de la Manche, sous les traits de Bruno Boisliveau, monté sur un magnifique cheval, entre dans cette mer d'huile et la magie du dressage opère.

Quel spectacle. Quel génie. Quelle émotion...

On ne compte pas les numéros artistiques de Bruno Boisliveau ni les lieux mythiques ou il exerça son art, Avignon bien sûr, mais également Paris, Lyon ; du cheval enfermé dans une boite, au travail de Garroche double en passant par le pantin à cheval. Il était un magicien du spectacle équestre. Je suis allé le voir à plusieurs reprises sur des pistes de cirque à Paris, au Mans, dans un numéro de voltige à deux, lui à cheval et son alter ego attaché à un câble, virevoltant, utilisant le cheval pour s'envoler et tournoyer dans une lumière ocre et enfumée.
Il a passé toute sa vie d'artiste vivant comme un saltimbanque, dans un mirage artistique permanent.

Tous les ans, je le rencontrais à Cheval Passion et nous passions des heures à refaire le monde du spectacle équestre. Cette année, nous avons dîné ensemble, et une fois encore nous sommes restés à « boire des coups » et à mettre au point le syndicat des artistes équestres. Il était au MISEC, heureux d'être au milieu de ses frères et sœurs artistes, avec, toujours au fond des yeux un air mélancolique, des paroles souvent fortes, provocatrices, parfois hargneuses.

Je l'avais trouvé fatigué et malheureux de n'avoir pas de contrat, de n'être pas aux crinières d'or, de n'être pas à Tarbes. Malheureux et désespéré sans aucun doute, mais comment imaginer qu'il pourrait décider d'arrêter tout ça ? Et que pouvons-nous faire contre le désespoir ?

Il est allé rejoindre la grande famille des artistes, sa famille, la haut, ou il pourra créer, inventer des numéros incroyables pour amuser et faire rêver les anges. Quant à moi, je le chercherais du regard, à chaque cheval passion, la haut, au restaurant des artistes, ou encore sur la longue liste des artistes équestres en représentation dans toute la France.

Je t'aimais Bruno, et il nous faudra apprendre à vivre sans toi. On ne s'habitue pas à l'absence, au vide...

Salut amigo...

     Gilbert de Keyser                          groupe facebook page : Hommage à Bruno Boisliveau

 

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