messagerie

L'époque de la Renaissance, et particulièrement le XVI ème siècle marque une étape des plus intéressantes dans l'histoire du voyage en France.

En Italie, les Français avaient pris contact avec leurs voisins, et leur goût s'était affiné en présence d'une civilisation et de beautés nouvelles. Puis les progrès de l'humanisme avaient suscité un puissant éveil de l'intelligence et de la curiosité.

Cet état d'esprit fait naître un voyageur d'un nouveau genre, tel Montaigne, ancêtre du touriste d'aujourd'hui qui ne voyage plus par simple nécessité mais par pure curiosité, pour l'unique plaisir de l'esprit et des yeux, poussé par le seul désir de voir des pays inconnus et de rechercher des sensations nouvelles.

« S'il fait laid à droite, je prends à gauche; si je me trouve mal propre à monter à cheval, je m'arreste... Ay-je laissé quelque chose derrière moy, j'y retourne; c'est toujours mon chemin; je ne trace aucune ligne certaine ny droite, ny courbe. »

                                    Montaigne Essais

Les déplacements sont rapidement considérés comme le complément nécessaire d'une bonne éducation; les jeunes gens de la noblesse et de la riche bourgeoisie circulaient beaucoup, seuls ou escortés de leurs précepteurs.

En 1552, Charles Etienne publie le Guide des chemins de France, d'après des renseignements recueillis auprès des messagers, marchands et pèlerins, et le Voyage de France dressé pour l'instruction et la commodité tant des Français que des Etrangers. Dans la préface de l'édition de 1589, il fait allusion à ceux qui entreprennent des voyages « pour le plaisir que nous avons à voir les choses qui nous estoient auparavant inconnues, et à contenter notre curiosité par les divers objets des lieux, des choses et des personnes ».

Le cheval est toujours le moyen de locomotion par excellence. Les gens de qualité chevauchent, escortés de laquais et suivis par un mulet de bât porteur des bagages. Les nobles dames usaient de la litière formée par une caisse disposée entre deux brancards, l'un à l'avant, l'autre à l'arrière, et portée par deux chevaux ou deux mulets. C'est dans un équipage de ce genre que Marguerite de Navarre, en 1577, se rendait aux eaux de Spa, au milieu d'un cortège de dames d'honneur, de jeunes filles à cheval et de servantes.

Quelques coches commençaient aussi à faire leur apparition sur la route.

Les premiers coches publics font leur apparition sous Charles IX, et, dès la fin du XVIe siècle, des services sont organisés pour les voyageurs rayonnant de Paris vers quelques villes distantes de trente ou quarante lieues: Orléans, Rouen, Beauvais, Troyes et Amiens.

Ces premiers essais de voitures publiques sont réglementés et assurés par un édit d'avril 1594, instituant un contrôle des entreprises privées par la création des Surintendants des coches publics, et par l'édit de mars 1597, établissant des relais de chevaux de louage.

La France tient dans un losange de 22 journées de large et 19 de long. Tout déplacement à cheval est conditionné par les capacités financières du voyageur et le choix de son allure. Plusieurs possibilités s’offrent à lui : voyager avec ses propres moyens, tant matériels que financiers ou prendre des transports collectifs.

Le voyageur individuel, si il voyage avec son propre cheval, jouit de la liberté de choisir son itinéraire et son allure. Dépourvu de monture, il peut s’adresser au maître de poste au loueur de chevaux ou s'entendre avec les messagers à cheval.

L’un et l’autre n’exercent pas leur métier avec les mêmes droits.

Le maître de poste loue des bidets (selon l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, le bidet est un « petit cheval de poste sur lequel on monte, qu’on n’attelle point à la chaise de poste »), le voyageur se déplace au galop, selon un itinéraire fixe, celui qui le mène d’un relais à un autre et avec un guide: le postillon. La course est plus onéreuse car le voyageur doit s’acquitter d’un pourboire à donner au postillon comme indiqué dans le livre de poste. Le postillon ramène le cheval loué à son lieu de départ.

Le loueur de chevaux ne peut fournir de guide au voyageur ; il lui est interdit de placer une inscription sur la porte de son bureau indiquant des lieux de destination ; de nourrir les chevaux et les voyageurs sur la route. Le voyageur peut renvoyer le cheval par qui bon lui semble s’il ne revient pas à son point de départ.

Les Messagers à cheval, dont le rôle premier est le transport des dépêches et des paquets, jouent en plus celui de conducteurs de caravanes ; ils fournissent les chevaux, transportent les bagages et organisent les repas et nuitées pour un prix forfaitaire. En droit, ils ne peuvent voyager qu’entre deux soleils, c’est-à-dire de jour uniquement. De 1676, date de la création par Louvois la ferme générale des postes jusqu’à la Révolution, l’exercice de la profession de messager n’est pas de libre. Les messagers, que l’on appellera plus tard, les messagistes, doivent payer un droit d’exploitation à la ferme générale. À partir de 1794, les messageries sont séparées de la ferme des postes : quiconque peut désormais s’établir entrepreneur.

On peut donc considérer que les guides de randonnées actuels sont les héritiers des messagers à cheval, mais changement d'époque, la profession est à nouveau réglementée, par l'article L212-1 du code du sport ...

Les confessions de Jean-Jacques Bouchard, parisien ; suivies de son Voyage de Paris à Rome en 1630 , nous fait connaître les avantages et les inconvénients de ce genre d'organisation, qu'il avait adoptée pour se rendre de Paris à Lyon, moyennant 45 francs par cheval et nourriture et 100 sols pour cinquante livres pesant de hardes:

« Cette voye estant bien la plus sure pour l'addresse des chevaux, pour les volleurs et mesme pour l'espargne, n'estant point sujet aux rançonnements et aux contestations des hostes. Neanmoins l'on ne se doit servir de cette voye qu'en à affaires nécessaires et pressées, n'estant nullement bonne à une personne qui voyage pour plaisir et curiosité pour ce qu elle ne peut rien remarquer des lieux où elle passe, n'arrivant qu'à la nuit et partant avant le jour, outre la fatigue qu'apportent ces longues et continues traites. »

C'est aussi ainsi que voyageaient, Golnitz, en 1630, pour se rendre de Lyon à Genève, traitant avec un guide auquel chacun devait payer la somme de 25 florins de France, valant 20 sols chacun, pour le transport qui faisait et les frais de nourriture, et Brackehnoffer, qui faisait à cheval le le trajet d'Angers à Paris, avec le messager qui s'y rendait deux fois par semaine, pour le prix ordinaire de 11 couronnes.

Au XVIIIe siècle. L'auteur des Délices de France, dans son édition de 1728, en vantait fort les charmes et l'esprit de convivialité que l'on retrouve, encore de nos jours dans le tourisme équestre:

« Le Coche est la plus agréable voiture, quand on veut avoir entretien des femmes, rire, jouer et se divertir en compagnie ;mais le Messager est encore plus divertissant quand on veut être avec des gens de qualité, d'esprit et de mérite, et si en veut faire des connaissances dans toutes les provinces du Royaume. Au reste, on est sans soin de sa vie ni de son cheval ; on fait toujours bonne chère, et on rit à ventre déboutonné, parce qu'il y a toujours des esprits divertissants, ou quelque niais, qui font rire toute la troupe. »

En 1770, un messager circulait entre Paris et Toulouse, et, d'une ville à l'autre, prenait 280 francs à ses voyageurs « montés et nourris ».

Dans Itinéraire du Royaume de France, divisé en 5 régions – seconde édition- (ed.1816) Hyacinthe Langlois nous éclaire sur l'organisation des voyages avec la messagerie :

« Pour se rendre dans les villes de l'Ouest ou du Sud de la France, si l'on ne veut prendre ni la poste, ni les coche ordinaires, on prend ce qu'on appelle la messagerie à cheval. les chevaux sont petits, mais vigoureux. Le messager en chef de la cavalcade conduit, dans une espèce de voiture ou chariot couvert, le bagage des voyageurs. Il part de grand matin et indique aux voyageurs le lieu de la dînée et de la couchée. Ceux-ci suivent à cheval à leur commodité; de manière cependant qu'ils arrivent à midi au lieu de la dînée, qui pour l'ordinaire n'est éloigné que de dix lieues de poste de celui du départ. Là ils trouvent un bon dîner tout prêt, et chacun a sa demi-bouteille de vin. Après dîner on repart et on fait environ autant de lieues pour gagner le lieu de la couchée, où l'on trouve un bon souper et un bon lit. On ne fait guère par jour que 16 à 18 lieues tout au plus. Cette manière de voyager est lente; mais si la compagnie est bonne et le temps favorable, elle est aussi agréable que peu dispendieuse. »

A partir de la deuxième moitié du XIX ème siècle, l’ouverture des voies de chemin de fer eut progressivement raison des relais de poste et messageries à cheval et naquit le temps des regrets, qu’exprime en 1866 Alfred Delvau dans Du pont des Arts au pont de Kehl :

« je regrette la cour des messageries de la rue Montmartre ! Il y avait du bruit, de l’animation, du pittoresque. Le piaffement des chevaux sur les pavés, le tintement de leurs grelots, les embrassades des grands-parents, les baisers furtifs des petits amoureux, les recommandations naïves, l’appel du conducteur, tout cela avait une couleur, une poésie, un charme que l’on chercherait en vain dans cette vaste et froide salle des Pas-Perdus où les voyageurs ressemblent à des ombres. Aujourd’hui un voyage n’est plus un événement, comme autrefois : on part pour Berlin sans plus d’émotion que pour Enghien. Ah ! Le Progrès !le Progrès ! Quel monstre ! »

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