manegecaen

Ce billet d'histoire prend cette fois-ci la couleur d'un billet d'humeur.

Certains spectateurs des Jeux Équestres Mondiaux viendront certainement cet été visiter à Caen ceci :

Autrement dit, en lisant bien le panneau directionnel : le manège de l'académie de La Guérinière.

Pourtant, deux éléments auraient pu être corrigés ici. Sans doute, l'excès d'enthousiasme dû aux événements, la volonté de mettre en avant l'histoire équestre de la ville, son patrimoine, ont poussé à un peu trop de zèle quant à l'appellation du manège de Caen.

Tentons une correction à toutes fins utiles.

Tout d'abord le fait que le manège qui aujourd'hui, après avoir été pendant un temps un hangar pour la caserne des pompiers attenante, reçoit des spectacles, n'est pas celui du temps de la Guérinière, d'autre part, par omission, on ne précise pas de quel La Guérinière il s'agit. Or, il ne s'agit pas de celui auquel spontanément on pense.

Le grand écuyer, François Robichon de La Guérinère, celui qui est à l'origine de l'usage de ce que Nuno Oliveira appela « l'aspirine de l'équitation », l'épaule en dedans, n'est pour rien dans ce manège, ni d'ailleurs dans l'académie de Caen. Celle-ci, ouverte dès le XVIIe siècle, lorsque Jean sieur Du Vivier obtient ses lettres d'écuyer en 1652 pour la tenir, fut dirigée par un La Guérinière, mais le frère de François : Pierre des Brosses, sieur de La Guérinière. Elle fut ensuite tenue par le gendre de celui-ci, Pierre Amable Hébert sieur de La Pleignière.

Quant au manège, construit une première fois par Pierre Robichon des Brosses de La Guérinière en 1742, il fut détruit lors d'un incendie dans la nuit du 15 au 16 août 1763. Il était en effet en bois, et son toit toits de chaume n'a alors fait qu'accélérer le drame. C'est la raison pour laquelle l'écuyer, suite à cet accident, demande l'autorisation de le reconstruire mais avec une couverture de tuiles. En 1767, on songe déjà à le rebâtir entièrement, et en plus grand. En 1810, un rapport est rédigé à l'attention de la mairie. On y fait remarquer le manque de largeur du manège et en mai 1810, le maire propose d'établir une nouvelle école d'équitation dans l'hôtel de Fontenay. L'idée, trop onéreuse est abandonnée. Un troisième projet suggère de construire le manège dans l'ancien hôtel dieu. A force d'attendre, en 1814, le manège est devenu impraticable après la chute d'un mur. Le 18 février 1815, il est enfin en cours de réparation. Le 22 mars 1861, le Général Fleury suggère simplement la construction d'un nouveau manège. Ce sera fait entre 1863 et 1866. En 1867, le nouveau manège de l'école de dressage possède une tribune, un vestiaire et en novembre 1872, il est doté de l'éclairage au gaz afin de « donner des leçons l'hiver après la sortie des classes ».

Plusieurs architectes s'étaient penchés sur ces projets successifs. Dès après l'incendie de 1763, Pierre Queudeville et Jean Boisard avaient travaillé à la reconstruction de celui de l'académie, mais dès le siècle suivant la ruine le menace déjà. Un projet avait été présenté en 1814 par l'architecte Romain. L'ancien manège restera donc longtemps en mauvais état avant l'intervention décisive de Gustave Auvray.


N'en déplaise donc aux visiteurs, le manège actuel n'est malheureusement pas celui de l'académie d'équitation de Caen qui a bien disparu. Il n'a pas non plus été bâti par La Guérinière, ni le prestigieux François Robichon, ni d'ailleurs son frère, Pierre des Brosses.

Corinne Doucet

À venir : Les manèges : marqueurs culturels, sociaux, politiques et économiques de l'histoire équestre en France.

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