En 1830, les théâtres populaires pullulaient et on y hurlait un couplet faisant une cruelle allusion aux tueries cynégétiques des anciennes Cours :

« je n'aime pas un roi chasseur, c'est par le gibier qu'il commence, c'est par son peuple qu'il finit. »

Dès lors, Louis-Philippe mit des sourdines aux trompes de ses piqueurs et il devint impossible aux amazones d'afficher le goût de la chasse. Mais elles adoraient monter à cheval et la mode de monter à cheval se propagea de plus en plus chez les femmes de 1830 à 1835 ; il y eut même rivalité avec les Anglaises. « Dans toutes les promenades, on rencontrait des amazones que le bon ton voulait qu'elles fussent accompagnées par 2 ou 3 cavaliers à côté (de sombre vêtus, camélia à la boutonnière) et surtout par 1'écuyer qui devait conserver une distance de 100 m en arrière » !

Elles arboraient de grandes et longues jupes rondes à mille plis, le plus souvent bleues ou vertes, – parfois semées de petits bouquets brodés ou de fines guirlandes –, des corsages à manches à gigot volumineuses. Autour du cou, un petit plissé soutenu par une cravate de gros de Naples à carreaux ou de la couleur de la jupe. Des pantalons de coutil à sous-pieds, de petites bottes de couleur claire ou de vernis noir, des demi-gants de peau de rennes couleur jaune paille brodées de noir, la cravache en rhinocéros ou la badine de chez Verdier complétaient les toilettes. « Elles étaient coiffées soit d'un chapeau haut de forme très haut enroulé d'un long voile, soit d'une casquette ou d'une toque légèrement inclinée sur le côté qui leur donnaient une allure un peu garçonnière, un air tapageur et souvent une singulière figure. ».Ces coiffures à la mode se caractérisaient par un volume accru avec hardiesse et fantaisie et d'interminables voiles qui flottaient au vent.

Le journal Constitutionnel de 1831 révèle qu'il n'y avait point de réunion où les femmes ne fussent admises : « elles étaient admises dans tous les cercles, à la Chambre des Députés, aux spectacles, aux prédications Saint-Simonistes, aux Athénées et même à la Bourse où les dames raisonnent comme les vieux courtiers marrons, où les galeries, tous les jours, sont garnies d'une foule de dames. Il s'est même vu établir des courtiers femelles... » !

On ne s'étonnera donc pas devant le grand nombre de femmes montant en homme, en costume d'homme – affichant même leur goût pour la chasse – les magazines à la mode n'hésitant pas à définir leurs toilettes !

    Rosine Lagier

©Rosine Lagier    http://www.rosinelagier.com

Sources : Mes collections : journal Constitutionnel, 1831 – Les Modes de Paris de 1797 à 1897 – mon livre « La femme et le cheval, des siècles d'histoire » – La ModeLe Chic à cheval.

 

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en amazone ou chasseresse à califourchon ? Coll.R. Lagier

1835 – jupe ample et long voile. Coll.R. Lagier

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des manches à gigot volumineuses ! Coll.R. Lagier

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une allure garçonnière, un air tapageur ! Coll.R. Lagier

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