M de Nestier

Cazeaux de Nestier, écuyer préféré de Louis XV sur un cheval ibérique

Nombre de portraits de l'Ancien Régime nous les présentent comme de somptueux ibériques. Mais s'agit-il de la réalité ou d'une convention artistique ? Bien évidemment, dès la fin du XIVe siècle au Portugal, ou du XVe en Espagne, les ibériques jouent un rôle modèle. Mais dans les académies du royaume, la réalité est de fait bien différente.

Les informations, pour diffuses qu'elles sont, nous donnent des informations sur les équidés que les maîtres utilisent. Affublés d'un nom souvent précédé d'un article, rarement sans, on y voit d'emblée l'attribut de la noblesse, de la grandeur que les élèves viennent améliorer dans ces écoles. Le Royal, Le Superbe, ou le Magnifique en sont des exemples, mais leur nom nous plonge parfois dans la plus parfaite mythologie (Le Dragon), et encore davantage dans celle après qui tout écuyer qui se doit courre le plus souvent vainement : Le Centaure. Allusion au blason, trait de caractère, ou physique, Le Dragon peut être lié à ce défaut de l'œil bien connu des écuyers. Les couleurs sont également un biais aisé pour nommer les montures, que ce soit L'Isabelle, ou Le Blanc, leur nom signe aussi immédiatement le trait de caractère auquel le cavalier sera confronté : Le Sensible, L'Enjoué ; d'autres affichent l'origine (Le Scot, Le Madrid). Ils demeurent aussi parfois étonnants : Le Boëllon.

Les origines de ces chevaux sont bien plus variées qu'on ne le pense. Les académies pour des raisons très pragmatiques, se servent partout en Europe et pas seulement en Espagne. Ainsi Anglais, Danois, Hanovrien, Barbe, ou localement du Poitou, d'Anjou, du Limousin, du Médoc ou du Cotentin permettent occupent les écuries. Certains écuyers ne sont pas toujours d'accord sur l'emploi de telle ou telle race, si Menou de Charnizay considère les chevaux du Poitou comme les meilleurs, c'est sans doute également qu'il encourage fermement de développement des élevages locaux dès 1612, en se tournant aussi vers la Gascogne, le Limousin, la Normandie ou la Bretagne où l'on pratique déjà les croisements avec les chevaux anglais et nordiques.

Le cheval ibérique représenté sur tant de portraits flatteurs est réservé aux plus riches des académies. Il est cher, on les fait venir d'Andalousie, mais il n'est pas toujours apprécié, Menou le critique parfois. Les autres races dominent largement dans les académies de province. Précisément ceux du nord ou germaniques déjà, tandis que l'Afrique du nord produit aussi de nombreux chevaux utilisés également, comme le Barbe. L'Anglais enfin, pourvoie aussi. Avec l'ordonnance de Colbert sur les haras, les académies vont trouver leur remonte plus aisément sur le territoire français, d'autant que les écuyers sont également directeurs ou inspecteurs des haras.

Les goûts et les modes sont également une variable. Au XVIe siècle, les chevaux napolitains sont renommés, notamment pour leur vitesse. Puis, la noblesse du cheval d'Espagne le supplante. Avec l'engouement porté aux courses et à l'extérieur, le XVIIIe voit le cheval anglais prendre la tête, mais dans les académies, son emploi le dirige vers les exercices militaires plus que de manège.

napolitain

Le cheval napolitain dans l'ouvrage du baron d'Eisenberg,
L'art de monter à cheval, ou l'art du manège moderne dans sa perfection, 1733.

 

La morphologie des chevaux les destine aux exercices. Ils sont tous quasiment entiers, les allures brillantes de ces équidés mais aussi la maîtrise du cavalier expliquant ce choix. Le Moyen Age avait déjà établi la distinction dans l'usage des chevaux (destrier, palefroi, roncin n'ayant pas la même destinée). La jument est toujours dépréciée, ne constituant que la monture d'un individu socialement inférieur. Dans les académies on mentionne les « chevaux de dame », plus calmes, plus solides, parfois ambleur. Les dames en effet, pratiquaient aussi dans ces écoles. Deruet peint des chevaux ibériques pour elles, aux très longues crinières, image de l'élégance, de la richesse, de la féminité aussi. Mais Marie-Antoinette est représenté par Le Brun à califourchon, en habits masculins, sur un cheval fougueux, image de son statut royal.

Marie-Antoinette à califourchon

Marie-Antoinette par Lebrun

L'usage des chevaux dans les académies varie autant que les races, les genres, et l'âge. Les chevaux de manège croisent les sauteurs en liberté ou ceux au piliers, ceux de « distinction » ou ceux « d'espérance », très peu sont dits de « haute école », les plus chers, les plus prestigieux, si peu nombreux que penser que l'on puisse aller sur le champ de bataille s'amuser en airs hauts est absurde, Gaspard de Saunier, dans son Art de la cavalerie est le premier à le souligner. Il ne que de penser au temps de mobilisation du cheval pour obtenir une courbette, pour comprendre que la figure n'est pas utilisée sur un champ de bataille, surtout depuis que les armes à feu sont apparues.

Enfin, leur prix, très variable en fonction de toutes les données précédentes, expliquent que les chevaux ibériques, les plus chers, sont rares dans les académies. En 1765, plus de 3000 livres était un prix courant pour les acquérir, tandis qu'un cheval anglais pouvait varier de 350 à 2000 livres. En juin 1740, l'écuyer de l'académie de Rennes, Jacques Duchesne, acquiert ainsi un cheval anglais à un certain Smith pour 2000 livres afin qu'il serve d'étalon pour un haras du Bas Léon. A Toulouse, l'écuyer se contente d'acheter en août 1783, 12 chevaux à raison de 500 livres chacun. A Bordeaux pour finir, l'écuyer renouvelle son piquet à raison de 700 livres pour un cheval tous les 4 ans.

Si le duc de Newcastle dit du cheval espagnol qu'il était « le plus beau, le plus noble, le plus digne de porter un roi un jour de victoire », il n'en demeure pas moins qu'il demeure un cheval rare dans les académies de l'Ancien Régime confrontées à une gestion financière difficile et à des choix impliquant une cavalerie plus variée qu'on ne pense souvent.

  Corinne Doucet

chevaux de louisXIV

Les portraits des chevaux du piquet de Louis XIV
(Musée du Mans)

 

 

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