Giuseppe de Nittis, une balade le long de l’avenue des Champs-Elysées, 1874 (collection privée)

Giuseppe de Nittis, une balade le long de l’avenue des Champs-Elysées, 1874 (collection privée)

En 1948, le général Albert Decarpentry a publié une biographie célèbre du plus grand écuyer français du XIXe siècle, François Baucher. En parlant de ses premières années, Decarpentry dit que Baucher fait son apprentissage de l’équitation en Italie chez un oncle qui était en charge des écuries du prince Camille Borghèse.

À ce propos, Decarpentry suggère que, pendant cette période, la curiosité du jeune français peut avoir été attirée par l’enseignement de l’italien Federico Mazzucchelli qui, dit-il, professait à cette époque, dans une Académie non identifiée à Milan. Il a le soin de préciser immédiatement la nature spéculative de cet argument et de conclure : « Rien ne permet toutefois d’affirmer qu’il en ai reçu l’enseignement, et si la naissance de son talent en fut influencé, nous ne savons pas dans quelle mesure »(Baucher et son école, 1948, p. 14.).

François Baucher sur Partisan

Ce qui a été formulé que comme une hypothèse c’est cependant vite transformé en certitude pour de nombreux historiens de l’équitation.C’est le cas, par exemple, d’André Monteilhet, qui parlant de Mazzucchelli, écrit : « L’ouvrage de Mazzucchelli, de lecture facile et très bien conçu en soi, offre un intérêt tout particulier quand on sait que le maestro fut longtemps observé par un modeste adolescent français qui avait nom François Baucher…»(Les Maîtres de l’Œuvre Equestre, Monteilhet, 1979, p. 197). Une recherche rapide sur Internet vous convaincra que l’idée que Baucher était un élève de Mazzucchelli s’est répandue et est maintenant acceptée comme certaine par beaucoup.

Descendant d’une des familles les plus en vue de Brescia, le plus jeune fils du comte Gianmaria, Federico Mazzucchelli est né en 1747. Il a étudié à Rome, montrant dès ses premières années sa passion pour l’équitation. Plus agé, ardent jacobin, en mai 1794, accusé d’avoir participé à des réunions politiques, il est arrêté et condamné à rester emprisonné dans le château de San Felice jusqu’à la fin septembre. La prison, cependant, n’a pas découragé sa passion pou la politique. Trois ans plus tard, alors que Napoléon approchait, il a signé en tant que président du comité de surveillance et de police, une proclamation à tous les peuples de l’Italie libre, vantant l’unité d’une République italienne, que le naîf jeune noble espérait voir se réaliser avec l’aide de Bonaparte.L’histoire devait bientôt le décevoir complètement.

Il a démissionné de toutes ses fonctions politiques et est retourné à ses chevaux bien-aimés. En 1802, il publie à Milan, un ouvrage intitulé Elementi di Cavallerizza (Éléments d’Équitation), réimprimé et enrichi en 1805, avec le titre de Scuola Equestre (École d’équitation), avec de belles gravures sur cuivre représentant les exercices d’équitation, réalisées par l’atelier des frères Bordiga, d’après les dessins de Basilio Lasinio.

Federico Mazzucchelli et son cheval Stornello
(Scuola Equestre)

Il est évident que Decarpentry établit sa conjecture concernant une rencontre possible avec Baucher sur la base du lieu de publication de l’ouvrage de Mazzucchelli, qu’il connaissait assez superficiellement, et non sur la base d’un document qui prouve la rencontre entre le cavalier italien et le jeune apprenti français. Ignorant la biographie de Mazzucchelli, écuyer italien du début du XIXe siècle ayant publié à Milan un livre dédié à l’équitation académique, Decarpentry a simplement jugé probable qu’il résidait à Milan et qu’il y tenait une école d’équitation. S’appuyant sur la curiosité du jeune Baucher, il a émis l’hypothèse qu’il pourrait avoir été attiré par cette académie.

Bien plus grave est l’erreur de ceux qui ont pris plus tard cette conjecture comme une vérité historique sans vérifier son fondement.

En fait, la rencontre entre Baucher et Mazzucchelli n’a pas eu lieu tout simplement car, à l’époque du séjour du jeune Français à Milan, en 1810, le comte Federico Mazzucchelli de Brescia était déjà mort depuis cinq ans. Comme il est écrit dans sa nécrologie parue dans le « «Giornale dell'italiana letteratura» (Journal de la littérature italienne) de Padoue : « Passionné pour son art, il est mort dans l’acte même de l’exercer, frappé d’apoplexie foudroyante alors qu’il montait, il a quitté la vie dans le manège le 28 Janvier 1805 ». (ANONYME, 1805, p. 282.).

Le travail de Mazzucchelli est considéré comme l'un des premiers illustrant la technique de « longues rênes »

Bibliographie :

AGLIARDI, Danilo, La famiglia, in AA. VV., Villa Mazzucchelli. Arte e storia di una dimora del Settecento, Cinisello Balsamo, Silvana Editoriale, 2008, pp. 11-47.

ANONIMO Necrologia: notizie di Federico Mazzucchelli, in “Giornale dell’Italiana letteratura”, Volume 10, 1805. pp. 281-282.

DECARPENTRY, Albert, Baucher et son école, Paris, Lamarre, 1948.FILIPPINI, Nadia Maria, Donne sulla scena politica: dalle Municipalità del 1797 al Risorgimento, in AA. VV., Donne sulla scena pubblica: società e politica in Veneto tra Sette e Ottocento, a cura di N.M. Filippini, Milano, Franco Angeli, 2006, pp. 81-137.

MAZZUCCHELLI, Federigo, Elementi di cavallerizza, Milano, presso Pietro Agnelli librajo-stampatore in S. Margarita, 1802 (nuova edizione con il titolo Scuola equestre, Milano, presso Gio Pietro Giegler, Libraio sulla Corsia de’ Servi, 1805).

MONTEILHET, André, Les Maîtres de l’oeuvre équestre, Arles, Actes Sud, 1979 (nuova ed. 2009).

PECO, Luigi, I Bordiga: Benedetto e Gaudenzio Bordiga, incisori e incisori-cartografi, Borgosesia, Valsesia Editrice, 1998.

Site Internet de l'auteur : http://worksofchivalry.com

 

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